Le chemin de la violence est une impasse

Je suis Maire de Bourg-en-Bresse depuis maintenant plus de 10 ans. Je préside notre communauté d’Agglomération depuis deux ans. Chaque jour j’essaie d’œuvrer dans le sens de l’intérêt général, de faire avancer les grands projets structurants du territoire, de faire fonctionner l’ensemble des services publics, d’écouter chacun de mes administrés, de maintenir le lien social. Comme tous les maires, et même si je n’ai pas tous les leviers pour répondre à leurs attentes, je suis confronté quotidiennement aux problèmes d’emploi, de logement, de précarité, de pauvreté, de certains de nos concitoyens. J’ai toujours mis le respect des individus et la prise en compte de chacun au cœur de mon action.

Mes positions sur le fond

Je ne sais où certains ont pris leurs “informations” mais, vu certaines réactions, je préfère le réaffirmer : je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle, car son projet de société ultra-libéral ne m’a jamais convaincu. Je suis dans l’opposition à ce qu’il incarne. Comme beaucoup, j’ai voté pour lui au second tour de l’élection présidentielle, non par adhésion à son programme mais parce que je ferai toujours barrage à l’extrême droite.

Depuis 18 mois, je ne fais que dénoncer l’injustice fiscale et sociale qui fonde sa politique: j’ai dénoncé la suppression de l’ISF et le Parti socialiste dont je suis membre lance une pétition citoyenne pour obtenir qu’un référendum pour le rétablir soit organisé; j’ai combattu la taxation injuste des retraites, la baisse des APL pour les ménages modestes et moyens, les cadeaux fiscaux faits aux plus riches, le recul des droits des salariés avec les ordonnances “travail”. Je suis attaché à la protection sociale collective et obligatoire et quand j’entends parler de la possibilité de supprimer la réversion des pensions de retraite au conjoint survivant dans la future réforme, je sais que cette “réforme” sera encore probablement un recul social. Je veux que la nécessaire transition écologique soit combinée avec plus de justice sociale et fiscale. Sur tous ces sujets, je serai du côté de tous ceux, gilets jaunes ou pas, qui demanderont que le gouvernement et le Président entendent les citoyens.

En tant qu’homme politique, le mouvement des gilets jaunes m’interpelle nécessairement. J’entends la colère. Je sais que si elle éclate aujourd’hui, elle prend sa source dans les échecs des politiques menées depuis de très nombreuses années, y compris de la part de gouvernements que j’ai soutenus. Mais si on veut qu’elle soit utile, cette colère doit être un point de départ, pas un point d’arrivée.

Le “grand débat”

Aujourd’hui, je crois qu’il est de notre responsabilité collective de faire avancer notre pays, de sortir de la tension permanente. Un grand débat national s’ouvre. Il faut être clair: soit on débat, soit on ne débat pas. Mais si on débat, on n’interdit pas tel ou tel sujet par principe: le gouvernement dit qu’il refuse, par exemple, de débattre du rétablissement de l’ISF au motif qu’il vient d’être décidé… Si les conclusions du débat sont déjà posées avant qu’il ne commence, les choses seront mal embarquées…

Pour autant, en tant que Maire, je ferai en sorte que tout ce qui s’exprime dans les cahiers d’expression que j’ai ouverts et dans les réunions qui seront organisées soit porté à la connaissance du gouvernement. Il serait mortifère que ce grand débat ne débouche sur rien, que tout continue comme avant

Les manifestations du samedi

Ceci exposé, je le redis, ce qui se passe le samedi à Bourg –et ailleurs en France- depuis plusieurs semaines ne peut durer.

Oui, le droit de manifester existe et chacun peut l’utiliser. Mais lorsqu’il débouche systématiquement sur des violences de la part d’une minorité, chacun doit s’interroger. Encore une fois, et pour avoir échangé avec nombre d’entre eux, je sais que la majorité des gilets jaunes ne sont pas des casseurs. Je fais seulement le constat que les modes opératoires choisis par le mouvement créent les conditions pour que les plus radicaux, pour ne pas dire les voyous, viennent casser et dégrader le bien public. Il faut sortir de ce cercle vicieux. Il faut en sortir parce que je crains que la répétition des scènes de chaos en centre-ville, semaine après semaine, ne finisse par exaspérer beaucoup de monde et ne débouche sur des heurts entre gilets jaunes et anti-gilets jaunes.

C’est pourquoi j’ai demandé au Préfet d’interdire toute manifestation en centre-ville de Bourg-en-Bresse samedi prochain. Il s’agit pour moi d’une alerte. Je veux que les commerces, les biens publics et les libertés de l’ensemble des habitants soient préservés. Que l’on sorte de ces samedis où personne n’ose venir en ville parce qu’on ne sait pas ce qui peut se produire.

Le Préfet m’a indiqué qu’il ne donnerait pas suite à ma demande, compte tenu des moyens qu’il faudrait déployer pour appliquer cette mesure. Je prends acte de sa position et m’en remets à son autorité institutionnelle en matière de sécurité et de maintien de l’ordre public.

J’en appelle donc aujourd’hui aux gilets jaunes sincères, ultra-majoritaires, à ceux qui s’inscrivent dans le cadre de notre République et de nos institutions : faites remonter vos attentes, vos exigences, via les cahiers ou dans le débat qui s’ouvre. Si vous manifestez, déclarez un parcours comme la loi le prévoit et ne laissez pas les casseurs prendre la main comme chaque samedi. Ils ne vous rendent pas service, au contraire. Vous voulez redonner vie à la parole citoyenne: ne laissez pas une minorité confisquer cette parole par leur violence.

Aux autres, aux gilets jaunes radicaux, qui considèrent ceux qui n’ont pas la même opinion qu’eux comme des traitres, qui oublient que le peuple n’est pas un bloc mais qu’il est traversé d’opinions et de sensibilités diverses et contradictoires, qui s’en prennent aux forces de l’ordre ou aux élus et qui se placent de fait en marge de notre République, je veux dire que le chemin de la violence est une impasse. Il est indispensable que l’Etat reste ferme face à eux et fasse respecter l’état de droit et la liberté de tous.

Les rythmes scolaires maintenu à 4,5 jours à Bourg-en-Bresse

En 2013, l’État a engagé la réforme des rythmes scolaires en poursuivant l’objectif de mieux répartir les heures d’enseignement grâce à la mise en place de la semaine de 4,5 jours. Les études scientifiques menées indiquent que l’organisation des rythmes scolaires sur 4 jours était préjudiciable et peu adaptée aux apprentissages (le rapport parlementaire de MM BRETON et DURAND remis à l’Assemblée Nationale le 8 décembre 2010 est éloquent à ce titre). Cela a ainsi permis de programmer les séquences d’enseignement durant les moments où la faculté de concentration des élèves est la plus forte. L’objectif de cette réforme était clair : il s’agissait de favoriser la réussite scolaire de tous les enfants, en particulier de ceux qui sont le plus en difficulté.

Localement, la Ville de Bourg-en-Bresse a mis en place en 2013 la semaine à 4,5 jours en concertation étroite avec les enseignants et les parents d’élèves – en offrant des activités périscolaires de qualité avant et après le temps scolaire. Ces dispositions ont permis de ne modifier que très marginalement les horaires où les enfants sont posés et récupérés à l’école. Ce dispositif fonctionne à la satisfaction générale.

Depuis la rentrée 2017, l’actuel Gouvernement offre aux communes la faculté, si elles le souhaitent, de déroger à ce principe de la semaine de 4,5 jours. Les rythmes scolaires ont subi pas moins de 3 réformes en 10 ans : ce nouvel ajustement vient s’y ajouter, alors même qu’aucune évaluation des bénéfices apportés par la réforme précédente n’a encore été réalisée.

Toutes les études soulignent l’importance, pour les enfants, des 5 matinées d’école, plus propices à l’apprentissage. Au niveau national, certains invoquent, comme argument principal, la fatigue des enfants. Le seront-ils moins lorsqu’ils devront se lever le mercredi matin pour se rendre au centre de loisirs ou chez leur assistante maternelle parce que les deux parents travaillent ?

Ainsi, j’ai confirmé – dans un courrier adressé aux parents d’élèves – ce que nous avions indiqué oralement à toutes les écoles de la ville que, même s’il est plus couteux que le système à 4 jours, le système actuel – qui fonctionne bien – ne sera pas remis en question, au bénéfice du rythme de l’enfant, pour des considérations financières ou d’organisation de la journée des adultes (parents, enseignants, services municipaux). La Ville de Bourg-en-Bresse maintiendra donc la semaine à 4,5 jours pour la rentrée prochaine.

10 questions à Emmanuel Macron

J’ai adressé un courrier à notre Président de la République, Emmanuel Macron, qui a été publiée hier dans le Huffington Post (http://www.huffingtonpost.fr/jean-francois-debat/monsieur-macron-saurez-vous-repondre-a-ces-10-questions-de-gauche_a_23245941/) :

Monsieur le Président,

J’ai voté pour vous au second tour de l’élection présidentielle. Parce qu’il ne pouvait y avoir aucune hésitation entre le républicain que vous êtes indéniablement et le Front national. Vos promesses d’alors vous engagent donc vis-à-vis de moi comme de tous ceux qui vous ont fait confiance.

Que disiez-vous à l’époque ? Que votre projet serait « et de gauche et de droite ». Chacun pouvait donc savoir que vous réformeriez dans un sens unilatéral le code du travail. Chacun avait entendu que vous ne mèneriez pas une politique active de redistribution et de justice fiscale envers les plus modestes : vous n’en aviez dit mot dans votre campagne.

Pour autant, depuis 5 mois, j’ai bien vu les mesures de droite de votre gouvernement. Il faudrait être aveugle pour ne pas les avoir vues ! Mais j’attends encore les premières mesures de gauche. D’où ces 10 questions, de gauche, qui me brûlent les lèvres.

Question 1 : réduire de 4,5 mds€ l’ISF et l’impôt sur les sociétés, quand « en même temps », l’APL des plus pauvres est réduite de 60€ par an, est ce juste ?

Question 2 : taxer les retraités au-delà de 1200€ par mois, est ce juste ?

Question 3 : imposer une baisse des loyers d’ 1,7 Mds€ par an aux organismes d’HLM pour compenser la baisse des APL aux familles modestes, en créant une machine infernale qui fait que, plus un organisme loge de pauvres, plus il est pénalisé, est-ce juste ?

Question 4 : empêcher -en conséquence- les organismes d’HLM de financer la rénovation thermique des logements sociaux dégradés à compter de 2019, faute de moyens, est-ce votre conception de la transition énergétique ?

Question 5 : supprimer l’aide au logement versée aux accédants modestes à la propriété, est-ce relancer l’ascenseur social ?

Question 6 : créer une indemnisation du chômage pour les indépendants (qui n’ont jamais cotisé) et pour les démissionnaires, d’un coût minimum de 4 mds€, en réduisant d’autant les droits des chômeurs « classiques », après un discours culpabilisant de votre porte-parole affirmant que « la liberté, ce n’est pas partir en vacances pendant 2 ans avec les allocations chômage », est-ce une réforme « de gauche » à vos yeux ?

Question 7 : réduire de 46M€ les crédits de la politique de la ville et fermer quasiment aux jeunes de ces quartiers l’accès à un emploi aidé, est-ce juste et est-ce efficace ?

Question 8 : augmenter les plafonds d’activité des auto-entrepreneurs, au risque d’accentuer la concurrence déloyale envers les artisans, est-ce juste et est-ce efficace ?

Question 9 : supprimer de manière permanente le contrôle a priori du juge sur les perquisitions domiciliaires et les assignations à résidence, est-ce vraiment un outil de lutte contre le terrorisme ?

Question 10 : accepter le traité CETA, qui impose l’entrée sur le marché européen de produits que l’on ne pourrait produire en France pour des raisons environnementales et sanitaires, est-ce votre conception de la régulation du libéralisme débridé ?

La 11ème question-bonus est ouverte : pouvez vous me citer une mesure que l’on pourrait qualifier de gauche depuis 5 mois ?

Je ne doute pas que vous aurez à cœur d’apporter à ces questions les réponses que vous n’avez pu donner à la télévision dimanche denier sur TF1 : l’homme de gauche que je suis les attend et il n’est pas le seul.

 

Jean-François Debat

Maire de Bourg-en-Bresse

Trésorier national du Parti socialiste